lundi 20 janvier 2020

Et si la guerre survenait...

Canada États-Unis guerre Iran
Je suis un adepte du positivisme, mais pas de l'aveuglément volontaire.
Soyons réalistes : d'un point de vue international, les chances que 2020 soit une année aussi pacifique que 2019 semblent faibles en ce moment. Janvier peut en témoigner...
Je serais le premier heureux qu'il y ait absence d'escalade de violence suite à l'assassinat du général iranien Soleimani survenu le 3 janvier dernier. Je serais le premier heureux que cet évènement sombre dans l'oubli collectif des Iraniens et de leurs alliés et qu'une envie profonde de se venger de l'impérialisme américain s'estompe en eux.
Mais j'en doute fort. Le contraire me semble même définitivement plus envisageable.

UN MEURTRE : PLUS DE 18 000 000 DE MORTS!

Un homicide comme l'ont récemment commis les Américains déclenche parfois un jeu d'alliances entre pays qui peut être fatal.
J'ai bien dit parfois. 
On ne peut prédire l'avenir, mais on peut se rappeler le passé : l'histoire nous enseigne que le cycle continu des erreurs de l'humanité tend malheureusement à se reproduire. La race humaine est trop souvent amnésique, mémoire sélective de ses dirigeants oblige.
Je vous rappelle que c'est de façon semblable qu'a commencé la Première Guerre mondiale, soit avec l'assassinat de François-Ferdinand D'Autriche survenu à Sarajevo le 28 juin 1914. Ce meurtre d'un haut placé politque avait déclenché autrefois une série d'alliances entre pays amis aux intérêts communs. Une guerre au départ sous-estimée par plusieurs, une guerre éclair qui devait être terminée au plus tard avant Noël de la même année, disait-on à l'époque. Hélas! On connait la suite : environ 18 millions de vies y ont été enlevées, sans compter les 50 millions d'âmes supplémentaires qui ont péri des suites de l'épidémie de Grippe espagnole qui s'en est suivie et dont la contagion a été grandement accentuée par ledit conflit international...

Croisons-nous donc les doigts pour qu'un jeu de dominos sanglant impliquant les puissances de ce monde n'ait pas été déclenché à court, moyen ou long terme par nos voisins américains.

FORMER L'ARMÉE IRAKIENNE? VRAIMENT??

Et qu'en est-il de l'implication du Canada dans ce dossier? On dénonce la présence militaire américaine en Irak, mais des troupes canadiennes y sont aussi postées depuis de nombreuses années. Pourquoi? Oui, pourquoi y a-t-il donc des militaires de notre pays en Irak? 

'' Missions de formation '', nous répond-on. 

Disons plutôt que c'est ce qu'on souhaite nous faire avaler depuis longtemps...

En vérité, on sait tous que les missions de formation, c'est généralement de la poudre aux yeux : ce n'est pas le rôle d'un pays étranger tel que les États-Unis ou le Canada d'utiliser la force afin d'imposer une démocratie ailleurs qu'à l'intérieur de son propre territoire. S'y adonner est une violation, surtout quand on connait les intentions réelles dissimulées : derrière ce masque démocratique aux traits humains et empathiques se cache un véritable visage de conquérant assoiffé de pouvoir : le but réel mais inavoué de la présence occidentale en Irak, c'est d'être près du pétrole et d'une zone d'influence géopolitique très stratégique. Qu'on se le dise.

Le Canada, à si bien incarner son rôle de chien de poche servile de son voisin du sud, est tout aussi complice. Il consent et est donc tout aussi coupable de cette agression. Chacun est responsable de l'influence qu'il laisse l'autre implanter chez lui. S'assumer, c'est cela.

Bref, il est impossible, en toute bonne foi, de justifier une présence militaire américaine et canadienne sur ce territoire étranger, sachant que l'Irak n'a jamais été une menace et qu'il ne nous a jamais attaqués.

MENTIR, ASSUJETTIR, S'ENRICHIR

Ai-je bien mentionné que l'Irak n'a jamais été une menace pour l'Amérique? Évidemment, on a bien voulu nous prétendre le contraire. Et on y a cru un bon moment.

Voyageons dans le temps. On pourrait retourner aux causes de la guerre Iran-Irak des années 1980, mais un simple saut en 2002 nous permettra d'y voir plus clair.

'' L'irak possède des armes de destruction massive qui menacent la sécurité américaine '', avait alors proclamé Georges Walker Bush, l'ancien président des États-Unis. Il n'en fallait pas plus pour déclarer la guerre à l'Irak et assister à une invasion américaine sur ce territoire soudainement devenu hostile à l'Occident. Saddam Hussein, pourtant longtemps un allié important des Américains, venait de devenir subitement l'ennemi public no 1. Il appert que les États-Unis cherchaient un coupable à punir après les attentats du 11 septembre 2001 et que la guerre en Afghanistan, déclenchée en réaction directe à ces attentats, ne donnait pas les résultats escomptés.

L' envoi du chef des inspections en désarmement de l'ONU, Hans Blix, avait cependant permis de faire la lumière sur l'état réel de la menace irakienne. Après une inspection approfondie des lieux, le Suédois avait contredit toutes les allégations du président américain et avait révélé au grand jour le mensonge de l'occupant de la Maison-Blanche : aucune arme de destruction massive n'avait été trouvée après avoir ratissé finement tous les sites irakiens suspectés.

Ce n'est que quelques années plus tard que l'abcès fut véritablement crevé, alors que Geroges W. Bush et Tony Blair, l'ancien premier ministre de la Grande-Bretagne aux débuts des années 2000, avaient admis publiquement, presque candidement, que les renseignements fournis par la CIA et le Pentagone à ce sujet étaient mensongers! 

Alors, sachant toute cette hypocrisie pernicieuse et ô combien indigne de grands pays se disant civilisés, comment se fait-il que plus de 15 ans plus tard, le Canada et les États-Unis foulent encore et toujours le sol irakien??

LE JEU DU MIROIR

Inversons cette perspective un moment. 

Mettez-vous une minute dans la peau d'un Irakien de 17 ans dont le pays est sous occupation militaire depuis sa naissance. L'envahisseur dominant (i.e. les États-Unis) d'une coalition internationale, qui ne cherche qu'à servir ses propres intérêts économiques et politiques, est un pays qui est passé aux aveux sur le plan des mensonges ayant permis de l'envahir. N'est-il pas tout à fait sensé et légitime que cet Irakien éprouve de la colère et même de la rage envers l'occupant étranger?

Et n'oublions pas que cet Irakien a près de 40 millions de compatriotes pour qui la même vérité a été exposée et tristement vécue.

Question de bien saisir le regard que portent ces Irakiens sur l'envahisseur, simulons une inversion des rôles : jouons les victimes, question de voir les choses sous un autre angle.
Disons que des dizaines de milliers de soldats irakiens débarquaient demain au Canada, prétextant que leur sécurité est soudainement menacée par notre pays et que ces militaires étrangers établissaient ensuite des postes de contrôle auxquels nous devrions tous nous soumettre quotidiennement...

En seriez-vous bouleversés? Bien certainement!


Quels sentiments vous habiteraient ensuite lorsque vous apprendriez que leur présence sur notre territoire n'était aucunement justifiée et que le Canada ne représentait absolument aucune menace réelle pour eux? Quelles émotions ressentiriez-vous d'être informés que ces militaires ne voulaient qu'avoir accès à notre grande richesse économique qu'est l'or bleu, question d'en tirer un immense profit et, à l'inverse, nous appauvrir? Et qu'en serait-il pour vous de découvrir qu'envahir le Canada avait également comme visée pour les Irakiens d'exercer une influence considérable en Amérique et d'accéder ainsi au statut de superpuissance?

Poser ces questions, c'est y répondre...

Et le pire, c'est que ce n'est pas tout. Le comble de votre bouleversement ne serait pas encore atteint...

Non, pas encore, car après cette escalade d'incompréhension, de frustration et de colère, au bout d'un certain temps,  vous assisteriez, par ces mêmes soldats, lors d'attaques préventives, à la mort tragique et insensée de votre mignonne petite soeur, de votre seul fils ou de votre irremplaçable mère!

...


Ces Irakiens, nous les détesterions profondément si un scénario semblable s'avérait. Donc, ne pas comprendre qu'une haine viscérale habite les habitants de cette région du monde envers les Américains (et les Canadiens) est de nier la nature humaine elle-même.

Comme l'a si bien dit un jour en ma présence le professeur d'histoire émérite Roger Blanchette, '' la plus grande menace terroriste internationale, ce sont... les Américains! ''

LE VERRE À MOITIÉ PLEIN

Je m'ennuie de Jean Chrétien qui avait eu les couilles de tenir tête aux Américains et aux Anglais au début des années 2000 et qui avait refusé que le Canada déploie des soldats en Irak, du moins, pour un certain temps.
Alors, si vous voyez le prix de l'essence encore augmenter prochainement, dites-vous que pire existe comme conséquence de ce conflit que de seulement payer quelques sous de plus le litre.
Plusieurs avaient hâte de mettre 2019 derrière eux. J'espère qu'ils auront eu raison et qu'on ne s'en ennuiera pas.
Et je n'aborde même pas l'attaque iranienne du Boeing 737 et les 176 passagers qui y ont perdu la vie, les feux de forêts des plus dévastateurs en Australie ou les inondations mortelles en Indonésie et en Israël...
Sur une note plus positive, attardons-nous à ceci : finalement, notre vie est belle ici au Canada. Très belle même!  C'est surtout de cela dont nous devons réellement prendre conscience.

Relativisons, sourions et aimons : la guerre et les cataclysmes d'envergure ne nous ont pas affligés, du moins, pas encore...